Presse

Dans quelque ville morte, au bord de l’eau, vivote

La tristesse de la vieillesse des maisons

A genoux dans l’eau froide et comme en oraisons ;

Car les vieilles maisons ont l’allure dévote….

Malheureusement , le cas de Bruxelles n’a rien à voir avec le chef-d’oeuvre du symbolisme, dû à la plume du poète du silence et des impressions fugitives, si la capitale d’un Royaume, devenu la risée d’une bonne partie du monde, a végété pendant une semaine au point de devenir une ville en état de siège, rappelant aux aînés les pages sombres de la seconde guerre mondiale, avec pour certains le sceptre du rationnement, des coupures d’électricité, des fouilles et d’autres avatars liés à l’occupation, c’est suite à la décision de l’ Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace de relever le niveau d’alerte au degré 4, ce qui en gros signifie: restez chez vous, calfeutrez portes et fenêtres, ne répondez plus au téléphone, et si possible, cantonnez vous dans l’abri antiatomique pour suivre l’exemple suisse!

Ce cirque a plus ou moins pris fin le 26 novembre et donc, le lendemain, les habitués des salles de concert toujours privés du Bota, de l’AB, de Forest National, de Flagey et autres grands complexes se sont jetés sur des événements en principe moins amasseurs de foule. Cap sur le Parvis de Saint-Gilles où le Libr’Air programme Les Trash Croutes.

Quelques tours de manège pour larguer ton char chenillé, acheté lors d’une brocante, et à 20:50 tu pénètres dans le célèbre beuglant saint-gillois. Fichtre, il est déjà sérieusement blindé, tu parviens à te commander une bière au goût d’avant la guerre, ce sera la seule, car dix minutes plus tard tu te retrouves comme un maquereau, baignant dans une huile Saupiquet, coincé entre une armée de sardines sympathiques mais pas vierges.

Près de la vitrine, cinq nanas fignolent un soundcheck. La cousine de madame Beulemans, pas contente,beugle…Godv., ‘t is al vaif euver nègen, vous allez commencer, bande de connasses! Toulouse est arrivée tardivement, les contrôles sont désormais sévères à la douane installée à Drogenbos, et comme elles avaient déclaré deux ukuleles, il a fallu chercher dans l’encyclopédie des armes de quoi il s’agissait, bref, ze waren te laat au rendez-vous.

21:10′, laissez-nous 20′ pour enfiler nos tenues de scène. T’as très soif, tu seras abstinent, bon entraînement en vue du ramadan!

21:35′, sur scène traînaient les deux ukuleles, une contrebasse, une basse, un xylophone, un keytar, un drumpad, des shakers, un tambourin, des flûtes, un kazoo, des claves et un sampleur.

Se fendent un chemin parmi la masse humaine, cinq croutasses à la tenue vestimentaire loufoque, si elles ne sont pas reprises dans la Mr Blackwell’s worst-dressed list, c’est parce que ce bouffeur de pickles ne connaît que des has been: des collants tape-à-l’oeil, des paillettes plein le nez et les oreilles, du lipstick décadent, du fard criard, des tenues d’aerobic à rendre Jane Fonda malade de jalousie, du khôl très chou, des boucles d’oreille gay pride ou un petit poney Barbie comme couvre-chef…bref, la totale, que tu risques de ne pas trouver dans les magasins spécialisés rue du Lombard. Déjà cette entrée en matière prête à sourire, la suite sera délirante.

Melbi, Kélém, Fisso, Laroussie et la fille naturelle de Fred Astaire, Nono la Claquette, vont, en 85’, rendre le sourire à toute une assistance sevrée depuis plus de 10 jours. La carte propose des extraits de leurs trois recueils qui se vendent à prix libre après chaque représentation (  » Lorsque l’Amour ce rat mort » – « Ze Feurlst » – « The Feulrst Touh »), trois volumes de chansons françaises à texte, style Les Grosses Têtes en route chez Jacques Martin en passant par le Club Dorothée et le Cercle de Minuit.

Discours préliminaire: mettez-vous à l’aise, à poil si vous le désirez, le mercure indique 4° à l’ombre, le soleil était au chômage! Les Vamps au boulot, ‘Tout ce qu’elle veut’ une adaptation libre du prix Merde d’Ici de 1989, ‘All that she wants’ d’Ace of Base. Un solo de kazoo et un chorus repris par une poignée de fans originaires de Marcinelle. Le ton est donné, sortez les mouchoirs, ça va plus s’arrêter!

‘Be my babe’ , ça donne quoi en occitan? ‘ Sois mon Keumé’ à consommer avec un Gaillac frais! Après les Ronettes, on francise les Supremes, ‘Ne presse pas l’amour’, Phil Collins est fan! Le quizz se poursuit,tandis que le flot d’arrivants s’engluant dans le petit zinc commence à dépasser largement le quota admis par Theo, voici ‘Michel de Jacques’ un massacre à la toulousaine de l’oeuvre de Michael Jackson en dix minutes iconoclastes!

Les Bangles, ‘Marche comme un Egyptien’, chorégraphie inclue, ça tue, et tu prendras bien un zeste de Blondie, un ‘ Coeur de glace’ c’est pas plus con qu’un coeur de rocker ou qu’un coeur d’artichaut. Les novices ne sont pas encore revenus de leur surprise que nos héroïnes kitsch s’attaquent à ‘Toxique’ de la mère Britney. Cette version vénéneuse précède ‘Jean-Claude’… Jean-Claude, c’est moi ta Katie, je suis rentrée, j’ai si froid glaglagla… et ce connard sifflant sa Jupiler, allongé sur le divan en regardant un porno, ne l’entend pas pleurnicher… c’est moche comme le pire roman misérabiliste!

Puis c’est au tour des Buggles de passer à la moulinette ‘ La vidéo a tué la Radio Etoile’ avant un détour vers la jungle, la terrible jungle où Daktari est mort un soir, avec ‘ Shakiki’, t’as tellement ri que tu n’as pas retrouvé le titre original. Lâcher de ballons pendant ’99 Ballons’ de Nena et, après s’être amusé, il est temps de méditer et d’essayer le sexe tantrique, voici ‘Get flûty’.

La t° monte de quelques degrés, une ‘Vague de chaleur’ est annoncée, les donzelles devaient pourtant ignorer que Martha et ses Vandellas étaient chez nous en semaine. Chaleur et libido sont indissociables, tout logiquement les louloutes le chantent, ‘Chui trop excitée’, elles ne sont pas les seules, tes voisines, sous pression depuis près d’une heure, se laissent aller, sur 10 cm2, c’est pas évident. On a soif, on veut des pichets de bière et vite!

Voilà, elles sont prêtes pour le grand numéro, une version casse-gueule du chef-d’oeuvre en péril de Bonnie Tyler, ‘Total eclipse of the heart’. Avec ‘I’d Do Anything For Love’ de Meat Loaf, l’un des deux meilleurs classiques du répertoire dramatico-rock. T’as failli hurler: ‘Laroussie, je t’aime!’

Folie générale avec ‘Je survivrai’, et une pensée émue pour Donna Summer. Les célibataires seul(e)s dans la salle lèvent la main! 459 mains tendues dans les airs, 459 voix chantent ‘Célibataire’ et pour clôturer le set ‘ Donne moi un homme après minuit’ ou ‘Gimme Gimme’ d’Abba à la sauce trash.

Ginette est déçue: vous n’avez pas joué ‘Il pleut des hommes’! T’inquiète, Ginette, ça vient, rien que pour toi, pour la première fois dans l’histoire il va enfin pleuvoir des mâles. La copine de Gigi, euphorique, en jette son t-shirt pour se retrouver topless, tandis qu’un barbu se balade au dessus de nos têtes!

Pas question de les laisser filer, elles nous balancent un double bis, un rap trash croute et la perle ultime ‘Premier Baisé’ ( accent aigu, bitte), un rewriting carré blanc du tube d’Emmanuelle, avec un final anthologique « Les Trash Croutes te laisseront le cul comme le drapeau du Japon ».

En rentrant chez toi t’as commencé à écrire la lettre: Ô grand saint Nicolas, patron des pieds nickelés, apportez-moi des trash croutes tout pleins mes petits souliers…

 

 Michel Preumont

http://concerts-review.over-blog.com/2015/11/les-trash-croutes-libr-air-saint-gilles-le-27-novembre-2015.html


 

Article magasine FLASH #1623 –

décembre 2015 – Claire B.

Flash HIVER 1623-2.indd


 

Cliquez pour découvrir :

Article FrancoFans Octobre 2014

par Zef Cervantès

Article FrancoFans Octobre 2014 - page 1Article FrancoFans Octobre 2014 - page 2


Critique :  LE CLOU DANS LA PLANCHE

Les Trash Croutes « Le Bijou » (15 mai 2013)

Publié le 17 Mai 2013

« Il est difficile de vivre sa propre vie et,

en même temps, de chanter juste »

Woody Allen

Il fallait bien y passer, il le faut encore, il le faudra toujours… Les boutons plein la binette. Les guiboles trop longue et la vue trop courte. Les questions sans fin et pas un début de réponse. Et patata. Bref, l’adolescence dans toute sa vigueur léthargique. Dans tout ce fatras, un rai : la musique. A chacun la sienne, selon génération : celle du Teppaz, celle du Walkman, celle du MP3, qu’importe. La zique. Celle sur laquelle on s’explose et celle du premier slow, la zique à gamberger et la zique à planer, bref ce truc qui passe par les oreilles, vous fait des trucs pas croyables et un bien fou et qui, quelques éternités plus tard, reste incrusté comme le rappel d’années dont la vision rétrospective fait bien marrer – « La vache, tu te souviens comment on s’habillait ? » Oui, hélas…

Mieux vaut en rire, et lutter au passage contre la domination écrasante d’une chanson anglo-US dont même les meilleurs anglophones ignorent le sens, pour ne s’être jamais vraiment prêtés au jeu de la traduction. Alors vinrent les Trash Croutes (sans accent SVP, fût-il circonflexe), croustillante racaille musicale et intégralement féminine qu’hébergeait Le Bijou il y a peu, la Chapelle juste après.

« Je suis célibataire (…), mets tes mains en l’air »

Les Trash Croutes ? Un combo à géométrie variable, voué à la reprise en version absolument pas originale de ces grands tubes qui marquèrent plusieurs adolescences, années 80 en tête mais pas seulement. Quelque chose comme la rencontre, sur le plateau de Club Dorothée, de Wonder Woman et d’Abba, en collants flashy et t-shirt glitter, des paillettes plein le museau (ça change de l’acné d’antan) et des antennes de Maya l’abeille sur la tête.

Cela chante, donc, et joue et danse ces titres immortels qu’un passage par le dictionnaire Harrap’s rend enfin pénétrables. Petit quizz : Sois mon bébé, ça vous dit quelque chose ? Et Quatre-vingt dix-neuf ballons ? Ou Réveille-moi avant de partir partir ? Mais si : Be My Baby, par les Ronettes, 1963 tout de même ; 99 Luftballons, Nena, 1983 ; Wake MeUp Before You Go Go, Wham (George Michael en mini short moule-paquet, remember…), 1984. Trois prélèvements au hasard dans une play-list à rallonge dont l’orchestration iconoclaste – nous y reviendrons – suscite chuchotements sans fin et hilarités incontrôlables jusqu’à ce que le morceau soit enfin identifié.

Ou pas. Ce Clou-ci, pas encore vénérable mais en bonne voie pour, n’eut guère de mal à reconnaître la plupart des victimes, mais il y en eut une ou deux pour échapper à sa sagacité. Selon des sources bien informées, puisque plus jeunes, il y aurait eu du Lady Gaga, mais qui d’autre encore ? Shakira, d’accord. Bon, que les jeunots ne fassent pas trop les malins : qui, en 1983, chanta She Is A Maniac et à quelle occasion ? Et interdit de foncer sur Wikipédia… Bon, allez : Michael Sembello, en 1983 dans le piètre Flashdance, dont le seul mérite fut d’initier gentiment la France au hip-hop. Et encore.

« Les filles veulent juste s’amuser »

Revenons au croustillantes racailles, pour noter d’abord que dans ce flot de traductions littérales ou calamiteuses, et parfois même les deux, il y en a une qui n’en est pas une, de traduction : Emmanuelle, Premier baiser, Hélène et le garçons, tout ça… Ce qui n’empêche pas le texte d’être sévèrement remanié et entonné comme un hymne trash aux premières amours – honni soit celui qui n’en rit pas comme il a ri de tout ce qui précède, rira de tout ce qui suivra : Donne-moi donne-moi donne-moi (un homme après minuit), célébrissime morceau scandinave de 1979, de la même année Vidéo tue la radio étoile, plus tard une Totale éclipse du coeur… On n’en finirait pas.

Le bonheur de la chose ne s’arrête pas là. Car tous ces morceaux – les originaux, s’entend – furent composés pour la traditionnelle alliance guitare/basse/synthé/batterie. Les instruments des Croutes ? Oeuf et triangle, contrebasse, keytar, violoncelle, kazoo, ukulélés (dont un amplifié), métalophone, claquettes.

Claquettes ? Claquettes. Autant dire que les arrangements valent aussi leur pesant de doubles croches et suscitent à eux seuls le pouffement hystérique. Imaginez, la fameuse ligne de synthé de Gimme Gimme Gimme pouêtée au kazoo… Imparable. Et comme toutes, issues de diverses formations, connaissent la musique et qu’aucune ne répugne à une peu de théâtralité foldingue (ah, Eugénie Ursch en Paquita Del Sol… Lunacello est bien loin), cela donne inévitablement une soirée chaude en ambiance, sans autre prétention qu’au plaisir tout nu tout cru. Le meilleur. ||

Jacques-Olivier Badia

http://www.lecloudanslaplanche.com/critique-1594-les.trash.croutes-crusty.racaille.html

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s